Ce blog propose des éléments d'analyse du marketing pratiqué par Fiat pour la 500, depuis les 500 jours qui ont précédé
son lancement commercial en septembre 2007, jusqu'aux actuelles stratégies de diversification et de gestion commerciale du produit.
La Fiat 500 connaît un succès commercial phénoménal auquel le groupe Fiat doit une grande partie de son redressement. Pourquoi ce succès ? Quels enseignements peut-on en tirer en termes de marketing ? Pourquoi, malgré l’énorme succès médiatique obtenu en mars 2004 par le concept-car Trepiùno au design de 500, les responsables de Fiat n’envisageaient-ils pas de concevoir une nouvelle 500 ? L’auteur explique comment l’émergence du pari de ressusciter la 500 s’est accompagnée d’une restructuration du management. Il montre également qu’au-delà de l’évidente émotion générée par le design, la stratégie de Fiat a fait appel aux mécanismes du marketing de l’authentique et du marketing tribal. Sous la forme d’une étude de cas, sont ainsi décryptées les clés de la réussite de cette automobile élue « Voiture de l’année 2008 », symbole d’une révolution de l’entreprise Fiat.
Référence bibliographique de cet article: JM. Pointet, "La FIAT 500 : gestation et bilan d’une naissance",
Gérer & Comprendre. Annales des Mines. N°102, pp. 25-35, ISSN :0295-4397, Éditions ESKA, Paris, Décembre 2010.
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Elue "voiture de l''année 2008", la Fiat 500 connaît un succès commercial phénoménal auquel le groupe FIAT doit une grande partie de son redressement. Pourquoi ce succès ? Quels enseignements
peut-on en tirer ? Comment le management de Fiat s''est-il transformé pour renouveler sa stratégie marketing?
Cette étude de cas présente comment FIAT s''est restructuré pour réussir un tel pari. Sont ainsi décryptées les clés de réussite de cette automobile, symbole d''une révolution de
l''entreprise…
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Son visage sur une Fiat 500?
Opération marketing de Fiat en vue...link
L’automobiliste, qui voulait des voitures qui ressemblent à de vraies voitures, a pris goût au mouvement rétro ; pour lui-même et sous le regard des autres. Les voitures anciennes éveillent de la sympathie. Elles sont différentes tout en créant une visibilité rassurante. Inversement, les véhicules en rupture conceptuelle peuvent insécuriser le client en recherche de points d’ancrage. En prenant l’exemple de Renault, on constate que des produits en rupture ont connu le succès (Espace, Twingo, Scénic) aussi bien que l’échec (Vel Satis, Avantime).
L’offre pléthorique, l’extension des gammes, le renouvellement accéléré des
produits et le haut niveau de pollution sémiotique (Badot, 2005) brouillent les repères du consommateur. Celui-ci éprouve un besoin d’emblèmes et de symboles stables. Un tel contexte déstructuré
semble favorable au repérage d’un produit différencié reprenant des codes issus d’un passé familier. Les repères esthétiques et affectifs du passé rassurent le client parce que le sentiment d’être en terrain connu compense ses instabilités sociales, familiales et identitaires.
Notre époque liquéfie les références et conduit le consommateur à rechercher celles, empruntes de sérénité et d’apaisement, issues de périodes structurantes du passé. Mais ne réduisons pas notre
analyse du marketing de Fiat à une simple tendance régressive. La commercialisation de produits reprenant des codes et symboles historiques n’est pas preuve d’un regret nostalgique, tout à la fois marqué de tristesse, de
sentiment élégiaque ou de déréliction. Notre propos se rattache à un second pôle, celui d’une tendance progressive, lorsque ces mêmes produits
renforcent l’identité personnelle d’un consommateur ancré dans ses racines. Maffesoli (2004) a appelé cela « l’enracinement dynamique » ; celui de la « croissance à partir des
racines ». C’est une régression fondatrice, voire réconfortante en ce qu’elle permet reconnaissance et nouveau départ.
La 500 apporte donc un double repérage au client. Elle représente d’une part un repère différenciant attractif (une rupture esthétique rattachée au design). Elle figure d’autre part et simultanément un référentiel connu qui réassure et réenchante le client.
Badot O., « Marketing méditerranéen et marketing postmoderne: un oxymaore? », in Silva F., Carù A. et Cova B., 2005.
Maffesoli M., Le rythme de la vie. Variations sur les sensibilités postmodernes, Paris, Ed. De la Table ronde, 2004.
Si la 500 avait été lancée dans le contexte de crise grave traversé par Fiat dans les années 2003-2005, on aurait probablement retenu que ses dirigeants avaient exploité à fond les valeurs de nostalgie, en réinterprétant les lignes d’une automobile inscrite dans la mémoire collective parce que les idées manquaient. Allait-on vers un échec ?
D’après Greggio (2003b), « en une quinzaine d’années, Fiat a vu fondre sa part de marché sur le continent : co-leader en 1988 avec Volkswagen (14,9%), sixième et dernier des grands généralistes depuis la décennie suivante, avec 8,8% en 2002 ». Les années 1960 sont loin où la 500 « établissait un nouveau standard de voiture minimaliste ». Dans les années 1990, les résultats de Fiat sont très insuffisants, comme le révèle le tableau ci-après. Les Bravo et Brava n’ont atteint sur le segment moyenne gamme que 53,6% des objectifs de vente. La compétitivité se détériore même avec la Seicento dans le segment des petites urbaines pour lequel le constructeur avait révélé un réel talent durant les années 1960 aux années 1980, avec les 850 (1966), 127 (1971), Panda (1979) puis Uno (1983), véhicules différenciés et aboutis, emblématiques de la réussite de Fiat. Lorsque Trepiùno n’apparaît que comme un concept car sans objectif de commercialisation, les passions qui surgissent se situent dans un contexte de crise, « sans doute plus grave que dans le passé. Par rapport aux séismes des années 1970 et du début de la décennie 1990, on relève une situation plus instable : des parts de marché fortement compromises, surtout en Italie, un pouvoir de marché sérieusement ébranlé ; une concentration relative des concurrents bien plus importante ; une image sérieusement fissurée pour certains blasons (quasi disparition de Lancia à l’extérieur de l’Italie) ; et une situation capitaliste très incertaine » (Greggio, 2003b) et l’échec de l’alliance avec General Motors[1].
Tableau : Confrontation des objectifs commerciaux et des résultats obtenus par Fiat
|
Modèle |
Objectif |
Année de lancement |
Année de retrait commercial |
% de l’objectif voulu |
|
Punto (1ère génération) |
700000 |
1993 |
1999 |
86,13% |
|
Bravo/Brava |
400000 |
1995 |
2001 |
53,67% |
|
Barchetta |
20000 |
1995 |
2002 |
68,57% |
|
Marea |
145000 |
1996 |
2001 |
68,57% |
|
Seicento |
250000 |
1997 |
2003 |
65,39% |
|
Multipla |
50000 |
1998 |
2004 |
97,83% |
|
Stilo |
350000 |
2001 |
2007 |
32,59% |
(1) Production maximum réalisée en un an
(2) Production moyenne annuelle sur la vie du modèle
Source :
Volpato G.,
Fiat Auto – Un’araba fenice nell’industria automobilistica internazzionale, II Mulino, Bologna, 2008.
Greggio R., « Comprendre la crise de
Fiat », onzième rencontre internationale du GERPISA, Ministère de la recherche, Paris, 11-13 juin, 2003.
[1] L’accord est dissout le 14 février 2005. GM a versé au groupe italien 1,55 milliard d'euros en échange de l'annulation de l'option de vente, de la dissolution des sociétés communes (moteurs et composants), et de la restitution à Fiat des 10 % détenus par l'américain dans Fiat Auto Holdings. Les Echos, n° 19350, 14 février 2005.
Références bibliographiques:
Cova B., « Leçon de marketing postmoderne », Expansion Management Review, décembre, pp. 91-101, 1996.
Lipovetsky G., L’ère du vide. Essais sur l’individualisme contemporain, Gallimard, Paris, 1983.
Lipovetsky G et Charles S., Les temps hypermodernes, Le Livre de Poche, 2004.
Maffesoli M., Le rythme de la vie. Variations sur les sensibilités postmodernes, Paris, Ed. De
la Table ronde, 2004.
Il existe quelques voitures légendaires. En Europe, la 500 fait partie des voitures inscrites dans la mémoire collective. C'est le cas des VW Coccinelle, Mini,
Renault 4, Citroën 2CV... Familières, elles apparaissent régulièrement aux yeux du public (merchandising, publicités d’enseignes diverses, mode,
cinéma). Elles sont dessinées (BD), miniaturisées à différentes échelles et numérisées (pléthore de sites Internet). En 2006, Disney Pixar emploie la 500 dans le film « Cars ». Ces
exemples attestent du capital sympathie et l’attractivité dont ces voitures bénéficient.




